Huit médailles d’or paralympiques, vingt-deux titres mondiaux, cent sept victoires en Coupe du monde — la skieuse savoyarde a réécrit l’histoire du para ski alpin.
Voici une interview de Mari Bochet dans l’émission de C à vous, humble et motivante !

Une montagnarde dans l’âme !
Tout commence dans les Alpes. Née à Chambéry en février 1994 avec une agénésie de l’avant-bras gauche, Marie Bochet chausse ses premiers skis dès la maternelle sur les pentes des Saisies, berceau familial du Beaufortain. Rien, pas même la malformation congénitale qui marque sa naissance, ne semble pouvoir freiner son élan vers la montagne.
À douze ans, elle rejoint le club Handisport d’Albertville et intègre le lycée à section ski de haut niveau de la Fédération Française de Ski. L’ambition est là, mais aussi la méthode : Marie Bochet apprend très vite à conjuguer excellence scolaire et rigueur sportive, elle décrochera son bac ES avec mention très bien avant d’entrer à Sciences Po Paris.
« J’ai grandi avec les skis aux pieds. La montagne, c’est mon territoire. Le handicap ne m’a jamais défini, il a juste changé ma façon de glisser. » a déclaré Marie Bochet.
Une trajectoire hors normes
C’est à Vancouver, en 2010, que tout s’emballe. Marie Bochet a tout juste seize ans lorsqu’elle dispute ses premiers Jeux paralympiques. Elle frôle le podium à deux reprises, deux quatrièmes places qui ne font qu’aiguiser sa détermination. Trois ans plus tard, aux Championnats du monde 2013, elle signe un Grand Chelem retentissant en s’imposant dans les cinq disciplines individuelles du ski alpin, un exploit qu’elle réitèrera en 2015 et en 2019.
Sotchi 2014 marque le basculement vers la légende. Sur les pentes russes, elle décroche quatre médailles d’or en descente, super-G, super combiné et slalom géant ; et s’impose aux yeux du monde entier comme la skieuse handisport la plus dominante de sa génération. Quatre ans plus tard à PyeongChang, elle confirme avec la même implacabilité : quatre nouveaux titres olympiques en descente, super-G, slalom géant et slalom, auxquels s’ajoute l’insigne honneur d’être porte-drapeau de la délégation française lors des cérémonies d’ouverture.
En 2022, aux Jeux de Pékin, une médaille d’argent en super-G vient clore sa collection paralympique avec une neuvième récompense, la seule qui ne soit pas en or et qui n’en brille pas moins. C’est à Sella Nevea, en mars 2024, qu’elle dispute ses dernières courses avant d’annoncer sa retraite sportive, à trente ans, avec le sentiment du devoir accompli.
Bien plus qu’une championne
Derrière les chiffres vertigineux : huit titres paralympiques répartis sur toutes les disciplines du ski alpin, du slalom à la descente, se dessine un personnage d’une profondeur rare. Reconnue pour son perfectionnisme autant que pour sa bienveillance, Marie Bochet a toujours porté le handisport avec une générosité qui dépasse les podiums.
Ambassadrice L’Oréal, membre du collectif de la paix «Peace & Sport», élue au Conseil des athlètes du Comité International Paralympique, puis co-présidente de la Commission des para athlètes français — son engagement associatif et institutionnel est aussi dense que son palmarès sportif. Elle a contribué à rendre le parasport visible à une époque où les caméras ne se déplaçaient pas encore naturellement vers ces athlètes hors normes.
« Elle a marqué le handisport comme tout athlète rêve de marquer son sport. Si aujourd’hui on a plus de visibilité, c’est notamment grâce à elle. » affirme Arthur Bauchet, son parrain et coéquipier.
L’après-carrière : une nouvelle pente
La retraite sportive ne signifie pas l’effacement. Nommée cheffe de mission de la délégation paralympique française pour les Jeux de Milan-Cortina 2026, Marie Bochet continue d‘incarner l’excellence tricolore sur la scène internationale cette fois depuis les coulisses de la préparation collective plutôt que depuis les starting-blocks.
À 32 ans, la «Reine des Neiges» semble n’avoir pas fini de tracer sa piste. Elle le disait elle-même : «Le travail est fait, j’ai aidé ce milieu à se développer et aujourd’hui on a une relève talentueuse.» Un passage de témoin assumé, presque serein, qui dit beaucoup du caractère de cette championne.